Jalons

Accueil > mises à jour > Nouvelles de récolte > Alan Song Xiangqian : « La consommation est le plus grand dénominateur commun de l’économie chinoise ; la lenteur est la véritable vitesse » | Super investisseurs

Alan Song Xiangqian : « La consommation est le plus grand dénominateur commun de l’économie chinoise ; la lenteur est la véritable vitesse » | Super investisseurs

Date: 2026-04-10 Views:


Par Tao Huidong, China Venture

Au printemps 2026, une nouvelle attendue depuis longtemps est arrivée de Pékin : le marché des actions A va rouvrir les introductions en Bourse pour les entreprises de consommation, tandis que le ChiNext s’ouvre aux nouveaux modèles de consommation.

Ce tournant politique constitue non seulement un signal majeur pour les marchés de capitaux chinois, mais valide également les analyses qu’Alan Song Xiangqian, fondateur de Harvest Capital, défend depuis des années. Dès trois ans auparavant, il appelait publiquement à ne pas restreindre l’accès des entreprises de consommation aux marchés actions A. Selon lui, la consommation constitue le moteur central de l’économie chinoise et mérite un traitement équitable sur les marchés financiers. Aujourd’hui, avec l’assouplissement des politiques, cette vision tend à devenir un consensus.

Depuis près de trente ans, Alan Song Xiangqian concentre l’essentiel de ses investissements sur une seule direction : la consommation de masse en Chine — des besoins essentiels, à haute fréquence. Eastroc Energy Drink, Laiyifen, Qiaqia Food, Laoxiangji, Babi Food, Xiaocaiyuan… Cette liste, autrefois jugée « peu sophistiquée », est aujourd’hui devenue emblématique du portefeuille de Harvest Capital.

En janvier 2026, Harvest Capital a de nouveau soutenu la cotation secondaire d’Eastroc à Hong Kong en tant qu’investisseur d’ancrage. Cette marque nationale de boissons énergétiques affiche un ROE en forte progression, atteignant environ 47 % en 2024, dépassant même celui de Kweichow Moutai sur la même période. Alors que de nombreux investisseurs poursuivaient les secteurs de la « nouvelle consommation » ou de la technologie, Harvest Capital est resté focalisé sur des entreprises vendant boissons, restauration rapide ou produits alimentaires — non par manque d’opportunisme, mais par conviction stratégique.

Alan Song défend depuis longtemps une idée simple : la consommation est le stabilisateur fondamental de l’économie chinoise. Il y a cinq ou six ans, cette position trouvait peu d’écho ; aujourd’hui, elle s’impose progressivement.


1. La consommation, pilier de l’économie chinoise

Pour Alan Song, la réouverture des IPO dans la consommation constitue avant tout une correction de politique. Pendant des années, les entreprises de ce secteur ont été contraintes par un système de régulation différenciée (« feux rouges et jaunes »), limitant leur accès aux marchés.

Ce changement reflète une transformation structurelle profonde : l’économie chinoise entre dans une phase de transition d’un modèle centré sur la production vers un modèle centré sur la consommation. Cela implique de passer d’une logique privilégiant l’offre à une logique centrée sur le bien-être, l’individu et le capital humain.

Par ailleurs, le rôle de l’État évolue également : d’un acteur direct de l’activité économique vers un fournisseur de services publics et de protection sociale.

Malgré cela, les défis restent importants : croissance modérée des ventes au détail, confiance des consommateurs fragile, pression déflationniste. Alan Song estime toutefois que cette transition est inévitable et constitue le cœur des trente prochaines années de développement économique chinois.

Il plaide notamment pour un plan de doublement des revenus nationaux, inspiré des expériences internationales. Selon lui, seule une amélioration du revenu disponible permettra de stabiliser les anticipations des ménages et de relancer durablement la consommation.

« Sans amélioration du revenu par habitant, les ménages n’oseront pas consommer », souligne-t-il. Il anticipe l’introduction de politiques similaires en Chine dans un horizon de deux à trois ans.


2. Investir dans le “plus grand dénominateur commun”

La philosophie d’investissement d’Alan Song peut se résumer en cinq caractères : le plus grand dénominateur commun.

Il ne poursuit ni les tendances ni les concepts, mais se concentre sur un critère unique : les besoins de 80 % de la population. Il résume cela par une formule :
« Les réalités du quotidien sont ce qui touche le plus profondément les gens ordinaires. »

Le marché chinois présente une structure particulière :

  • une population massive

  • de fortes disparités de revenus

Les données montrent que la majorité des consommateurs disposent d’un pouvoir d’achat limité, ce qui implique une prédominance des besoins essentiels.

Alan Song rejette l’opposition entre « nouvelle consommation » et « ancienne consommation ». Selon lui, la vraie distinction réside entre consommation innovante et traditionnelle — c’est-à-dire dans la capacité à intégrer la technologie, améliorer l’efficacité et comprendre profondément les consommateurs.

Il insiste : la clé de la consommation reste l’humain. Les entreprises doivent s’appuyer sur une compréhension fine des besoins, en lien avec les différentes strates de la pyramide de Maslow.

Aujourd’hui encore, une grande partie de la population chinoise reste au stade de la satisfaction des besoins de base. Cela signifie que le potentiel du marché des biens essentiels reste immense, tandis que de nombreuses catégories sont encore dominées par des marques étrangères.

Dans ce contexte, il anticipe une montée en puissance durable des marques chinoises.


3. La consommation : un secteur exigeant

Contrairement aux idées reçues, investir dans la consommation n’est pas plus simple que dans la technologie. Cela implique une compréhension approfondie de toute la chaîne de valeur : supply chain, marketing, distribution, marque et psychologie du consommateur.

Alan Song résume :

  • la technologie est difficile d’accès mais difficile à maîtriser

  • la consommation est facile d’accès mais extrêmement difficile à maîtriser

Sa stratégie est claire : adopter une logique d’investissement industriel de long terme. Harvest Capital privilégie des participations importantes, une détention longue et une création de valeur progressive.

« Lent, c’est rapide », affirme-t-il.


4. La Chine n’a pas encore son Coca-Cola

Alan Song considère que l’émergence de marques mondiales chinoises est une ambition générationnelle.

Avec l’intégration croissante de la Chine dans l’économie mondiale, l’internationalisation des marques chinoises est inévitable. Cependant, peu d’entreprises ont encore atteint une reconnaissance mondiale comparable à Coca-Cola ou McDonald’s.

Il reste néanmoins optimiste : une nouvelle génération de marques — dans le café, le thé, les cosmétiques ou la restauration — commence à s’implanter à l’international.

Selon lui, la Chine finira par créer ses propres équivalents globaux de Coca-Cola, McDonald’s ou Starbucks.


5. Capital markets : les structures “red chip” ne doivent pas être abandonnées

Concernant les marchés de capitaux, Alan Song souligne que le cycle des IPO à Hong Kong reste fortement influencé par les dynamiques macroéconomiques.

Il estime que le resserrement des structures « red chip » doit être interprété comme un ajustement, et non comme une remise en cause. Ces structures ont joué un rôle clé dans l’intégration des entreprises chinoises aux marchés internationaux.

Selon lui, elles doivent évoluer, être optimisées et adaptées aux nouvelles conditions, plutôt que supprimées.

Il conclut en appelant à une approche équilibrée et stable des politiques publiques :

« Le marché a besoin de prévisibilité, de cohérence et d’innovation. Une politique trop oscillante nuit à son développement. »

Related information